L’entrepreneuriat pour contrer le décrochage scolaire

Mercredi, 4 novembre, 2009 - 00:48

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Québec – À l’occasion de son Forum d’automne, la Fondation de l’entrepreneuriat recevait l’homme d’affaires Jacques Ménard, qui a fait du décrochage scolaire son cheval de bataille. Dans son discours, offert à l’heure du midi, il a insisté sur l’entrepreneuriat pour contrer le décrochage scolaire.

Détail: 

« Les expériences entrepreneuriales remportent beaucoup de succès avec les jeunes dans les écoles. Elles ont un impact positif sur leur motivation. Elles les incitent à rester à l’école. Elles leur ouvrent des voies nouvelles », a soutenu M. Ménard, devant les participants du Forum d’automne « L’entrepreneuriat : un antidote à l’abandon scolaire ».

M. Ménard a souvent fait parler de lui depuis la sortie de son rapport au printemps 2009. Il est le président du Groupe d’action sur la persévérance et la réussite scolaires au Québec et président de BMO Groupe financier. Maintenant qu’il a entrepris sa lutte contre le décrochage scolaire au Québec, il entend poursuivre sa croisade.

Il a tenu à rappeler que le taux de diplomation au Québec est au beau fixe depuis des décennies et que cela n’est pas du tout positif : « Même si on est toujours à 30 % de décrochage au Québec depuis 20 ans, on perd du terrain. On n’est pas pire qu’on était. Les autres sont meilleurs. L’Ontario vient de faire un bond prodigieux de 68 % à 77 % de diplômés en cinq ans ».

 

« Chaque décrocheur porte en lui un drame humain. »

 

On le sait, a-t-il rappelé, au Québec, « environ trois jeunes sur dix fêtent leurs vingt ans sans diplôme, ni attestation, ni qualification digne de ce nom ». Il a immédiatement enchaîné : « Ne venez surtout pas me dire que ce n’est pas grave parce qu’on en raccrochera une bonne partie un peu plus tard. Avoir son DES à 30 ans n’a rien à voir avec le fait de l’obtenir dans les délais prescrits. Ne nous racontons pas d’histoires. »

En avant-midi, Michel Perron, co-fondateur du Conseil régional de prévention de l’abandon scolaire (CRÉPAS) au Saguenay-Lac-St-Jean, et membre du Groupe d’action sur la persévérance et la réussite scolaires au Québec, avait lancé un appel à l’effet que « les impacts du décrochage se font sentir dans toutes les sphères de la société. La responsabilité est donc partagée par tous les acteurs de la communauté et chacun doit poser des actions. »

Lors de son allocution, M. Ménard a poursuivi sur cette lancée : « Je veux seulement vous dire que le succès commence le jour où on reconnaît enfin que c’est toute la société qui est responsable du soutien et de la réussite scolaires de ses jeunes. Au-delà de tout esprit sectaire ou corporatiste. »

Dans la production de son rapport au printemps dernier, il a réalisé une recension de projets visant à lutter contre le décrochage scolaire. Parmi les projets qui fonctionnent, une constante : « Tous les projets qui ont fait leurs preuves misent sur l’engagement des parents, du milieu, social et économique, des municipalités même. »

Selon lui, le Québec est arrivé à un tournant et devra se pencher très concrètement sur le problème du décrochage scolaire. Ceci devient un enjeu de société. Il en va même de notre survie. Vieillissement de la population, inversion de la pyramide démographique, lourd endettement des contribuables et de la province, jumelés à des problèmes de productivité (Le Québec se classe à l’avant-dernier rang des provinces canadiennes pour la croissance de sa productivité, de 1997 à 2005). Bref de moins en moins de gens qui paient pour les finances publiques, des travailleurs qui ne sont pas assez performants et qui sont de moins en moins nombreux.

Il n’y a rien de reluisant là-dedans. Plusieurs l’ont répété au fil des ans. On ne les a pas encore entendus…

Comment renverser la vapeur? M. Ménard croit qu’il n’y a qu’une solution possible. « Plus que jamais, un peuple sans éducation est voué à la pauvreté. Donc, il faut commencer par nous assurer que nos jeunes persévèrent dans leurs études. »

Pour amener les jeunes à persévérer, l’école devra d’abord et avant tout réussir à les motiver, leur donner le goût de s’investir dans leur milieu scolaire, à faire en sorte qu’ils se sentent concernés. Pour l’instant, les jeunes trouvent l’école « plate » et ils s’ennuient, affirme M. Ménard.

Des projets rassembleurs, mobilisateurs, motivants, il en existe dans les écoles, même s’il y en a encore trop peu. Plusieurs de ces projets ont aussi un autre point en commun : ils ont une touche entrepreneuriale. D’après M. Ménard, les résultats de ces projets en entrepreneuriat sont étonnants.

« Je trouve l’approche entrepreneuriale à l’école particulièrement intéressante pour deux raisons. D’abord, je suis convaincu qu’elle peut contribuer à la lutte au décrochage. C’est un excellent moyen pour motiver les jeunes. Mais aussi parce que, contrairement à ce qu’on pense, le Québec a besoin d’une sérieuse dose d’entrepreneuriat pour rejoindre les autres provinces. »

Il s’est dit convaincu que « des expériences entrepreneuriales peuvent allumer
cette petite étincelle qui fera toute la différence pour le reste de leur vie ». Il a déploré le fait que l’esprit entrepreneurial soit davantage ancré dans les écoles anglophones du Québec pour le moment. Il souhaite que les écoles francophones embarquent dans le mouvement.

Il a donné l’exemple de l’organisme Fusion Jeunesse : des étudiants universitaires s’engagent bénévolement dans des écoles secondaires afin d’aider les élèves à mettre en place des projets qui les intéressent.

« [Ces étudiants] ont introduit une grande nouveauté dans l’école. Ils ont demandé aux jeunes : qu’est-ce que ça vous tente de faire ? Qu’est-ce qui vous intéresse ?
La plupart des ados n’ont jamais entendu cette question-là à l’école. » Le résultat a été instantané : une semaine après le démarrage des projets, le taux d’absentéisme avait diminué de 40 % à l’école James Lyng High School, situé dans le sud-ouest de Montréal.

« Ils ne leur ont pas demandé, qu’est-ce que vous voulez qu’on fasse pour vous? Mais bien, qu’est-ce que vous voulez faire ? Toute une différence. L’entrepreneuriat, cela part de là. Qu’est-ce qu’on a envie de faire ? Qu’est-ce qui nous motive ? »

M. Ménard poursuit ont rappelant que les étudiants jouent simplement le rôle de mentors et de personnes de confiance dans le projet de Fusion Jeunesse. « Les ados font le travail. Ils apprennent. Ils s’intéressent. Ils constatent qu’ils sont capables de belles réalisations. Ils « entreprennent » de redonner une nouvelle vie à leur école ».

En bref, faisons confiance aux jeunes pour qu’ils créent une école à leur image et ils auront envie d’y vivre et d’y évoluer. Embarquez-vous dans cette idée?

En complément :
Après son allocution, M. Ménard a accordé une entrevue à Mario Asselin

Le discour intégral de M. Ménard est disponible ici. Merci à Mario Asselin qui l’a rendu disponible sur son blogue.

Aussi : Vaincre le décrochage, c’est possible, une chronique de Pierre Fortin dans le magazine l’Actualité.

Par Martine Rioux

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